La pluie, source de vie dans la forêt amazonienne.

La forêt amazonienne représente plus de la moitié des forêts tropicales humides du monde. Le bassin amazonien couvre environ 7 millions de km²,dont près de 5,5 millions de km²de forêts. Cet habitat unique abrite des dizaines de milliers d'espèces végétales et animales, et, si l'on inclut toutes les espèces d'insectes, ce nombre dépasse les 2,5 millions. Plusieurs facteurs contribuent à la remarquable biodiversité de cette région, le principal étant des conditions climatiques optimales[1]. La température moyenne annuelle avoisine les 26°C. La température minimale moyenne est d'environ 24°C, et la maximale ne dépasse pas 32°C. L'ensoleillement est stable tout au long de l'année, avec une moyenne de 7 à 9 heures d'ensoleillement par jour. L'humidité dans la forêt tropicale descend rarement en dessous de 85 %. Les précipitations annuelles dépassent 2 000 mm/m²,et le nombre de jours de pluie dans la forêt tropicale dépasse 200 par an[1,2].

Les importantes précipitations annuelles qui s'abattent sur le bassin amazonien charrient d'énormes quantités de nutriments, notamment des poussières riches en phosphore transportées par les vents d'Afrique subsaharienne occidentale, des cendres volcaniques, du sel marin et des cendres issues des feux de forêt et de savane. La masse de ces poussières essentielles à la vie qui se déposent sur l'Amazonie est estimée à près de 28 millions de tonnes. Cela permet à la pluie de fournir tous les macro- et micronutriments essentiels aux plantes amazoniennes, tout en compensant les nutriments lessivés du sol par les fortes pluies [3,4]. La composition des eaux de pluie tombant au cœur de l'Amazonie varie tout au long de l'année. Pendant la saison des pluies, la concentration en nutriments est plus faible, mais la masse d'eau tombant par unité de surface de la forêt est deux à trois fois supérieure à celle de la saison sèche. En revanche, pendant la saison sèche, la teneur en minéraux des eaux de pluie est 1,2 à trois fois plus élevée. En conclusion, la masse de nutriments apportée au biotope amazonien est répartie de manière relativement homogène tout au long de l'année, offrant ainsi des conditions optimales à la végétation durant toute la période de l'année. Les principaux composants de l'eau de pluie sont les ions suivants : Na⁺ , K⁺ , Ca²⁺ , Mg²⁺ , Cl⁻ , SO₄²⁻ , NO₃⁻ , la silice (SiO₂ ) , le phosphore (P) et des oligo-éléments tels que Al, Zn, Fe, Sr, Cu, Mn, Ba, Ni, Rb, V, Co et Pb. La conductivité se situe entre 4 et 8 µS, tandis que le pH est compris entre 4 et 5,8. Les concentrations des principaux composants atteignent quelques micromoles (µM) à plusieurs dizaines de micromoles (µM), tandis que celles des oligo-éléments sont mesurées en nanomoles (nM), de quelques nanomoles à plusieurs centaines [5]. La couche d'humus étant mince et les sols amazoniens parmi les moins fertiles au monde, la pluie est pratiquement la seule source de nutriments essentiels à la végétation. L'absorption des nutriments se fait principalement par le limbe foliaire, et les plantes de la forêt tropicale cultivées chez nous privilégient également ce mode de fertilisation.

1. Wikipedia.org,

2. Climate-data.org,

3. Anne E. Barkley, Joseph M. Prospero, Natalie Mahowald, Douglas S. Hamilton, Kimberly J. Popendorf, Amanda M. Oehlert, Ali Pourmand, Alexandre Gatineau, Kathy Panechou-Pulcherie, Patricia Blackwelder et Cassandra J. Gastona, « La combustion de la biomasse africaine est une source importante de dépôts de phosphore dans l’Amazonie, l’océan Atlantique tropical et l’océan Austral », Proc Natl Acad Sci US A. 13 août 2019 ; 116(33) : 16216–16221

4. Hongbin Yu, Mian Chin, Tianle Yuan, Huisheng Bian, Lorraine A. Remer, Joseph M. Prospero, Ali Omar, David Winker, Yuekui Yang, Yan Zhang, Zhibo Zhang, Chun Zhao. « Le rôle fertilisant des poussières africaines dans la forêt amazonienne : une première évaluation pluriannuelle basée sur les observations lidar de CALIPSO. » Geophysical Research Letters, 2015